En mars 2008, un documentaire de Marie-Monique Robin sur ce que Monsanto est en train de faire à la planète était lancé en France et en Allemagne. Dans ce documentaire à la fois passionnant, très documenté et courageux, cette journaliste d’investigation chevronnée fait voir les pratiques prédatrices de Monsanto. J'avais déjà entendu parler de cette multinationale, mais je n'avais pas trois ans devant moi pour faire des recherches aussi poussées afin de me faire une opinion articulée sur ce qui se passe à notre insu. Comme bien d'autres, je suis passée en partie à côté. Pas elle.
Les gens doivent enfin se mêler de ce qui les regarde
L’objectif de Marie-Monique Robin, "c’est que les gens se mêlent enfin de ce qui les regarde". Effectivement, ce que fait actuellement cette multinationale à la planète nous concerne personnellement. Rappelons que Monsanto, une multinationale née au Missouri en 1901, est devenue le leader mondial du marché des organismes génétiquement modifiés (OGM). Elle détient les brevets de 90% du maïs, du soja, du colza et du coton transgéniques cultivés dans le monde et est en train de devenir le premier semencier de la planète, grâce à l'achat d'une cinquantaine de compagnies qui commercialisaient toutes sortes de semences. Soulignons également que c'est grâce à Monsanto que la planète est infectée par les BPC. Depuis 1937, Monsanto savait que les BPC sont extrêmement toxiques. Elle les a quand même commercialisés pendant une cinquantaine d'années. Des documents internes produits par Monsanto le prouvent. Ce qui ne l'a pas amenée pour autant à revoir ses pratiques : aujourd'hui, pour cultiver ses semences GM, il faut utiliser de plus en plus de son populaire herbicide Roundup, également toxique.
Cette multinationale a désormais pour visée non pas d'accaparer une grosse part du marché des semences de toutes sortes de plantes et du coton, mais toute la chaîne alimentaire. Toute. Et elle est bien partie pour y arriver. Pour Monsanto, que ce soit préjudiciable ou pas aux humain-es, aux animaux et à l'environnement ne fait pas plus partie de l'équation que quand elle vendait ses BPC. Pas plus d'ailleurs que lorsqu'elle vendait l'herbicide Agent orange - une autre de ses inventions qu'elle commercialisait comme un défoliant en cachant son extrême toxicité comme dans le cas des BPC. Mais comment ça se peut? Mme Robin l'explique dans son film, que je ne résumerai pas, d'autres l'ayant déjà fait. Vous aurez une bonne idée de son propos en écoutant les entrevues ci-dessous.
Comment Monsanto a pu mettre les OGM sur le marché, sans tests scientifiques valides. La recherche sur les OGM est même devenue un sujet tabou!
Sur le manque inquiétant d'indépendance des laboratoires scientifiques.
Sur l'étendue du pouvoir de Monsanto.
Comment le système des brevets sur les semences permet à Monsanto de conquérir le marché mondial.
En même temps que ce documentaire, Mme Robin lançait un livre intitulé Le monde selon Monsanto. De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien. En voici quelques extraits (les premières pages du livre sont également accessibles en cliquant sur les flèches de l'image de droite) :
• L’affaire de l’hormone de croissance bovine : la Food and Drug Administration sous influence
• «C’est de la mauvaise science»
• Monsanto savait… désormais nous savons : la postface de Louise Vandelac à l'édition québécoise.
Il y aussi un site web : combat-monsanto.org. Et Mme Robin alimente un blogue.
Au Canada aussi
En 2007, les surfaces cultivées avec des OGM ont atteint 114,3 millions d’hectares dans le monde, soit une progression de 12% par rapport à 2006. Ce sont donc 12 millions d’agriculteurs, répartis dans 23 pays, qui ont fait pousser des plantes transgéniques. Les pays en tête : les États-Unis, l'Argentine, le Brésil, le Canada, l'Inde et la Chine. Au Canada, les OGM les plus répandus, soja, maïs et colza, entrent dans la chaîne de fabrication de plus de 60% des produits alimentaires, selon le ministère fédéral de la Santé.
Le documentaire de Mme Robin parle aussi de la police des gènes de Monsanto. Au Canada, cette police a amené Monsanto à poursuivre Percy Schmeiser, qui a été condamné pour "piratage" de colza transgénique alors que le tribunal n'a jamais démontré qu'il en avait semé dans son champ, qui a plutôt été contaminé. C'est en toute impunité que les compagnies de biotechnologies comme Monsanto répandent leurs OGM dans la nature, ce qui contamine irréversiblement les plants non transgéniques. Il ne faut donc pas s'étonner que les cas de contamination par des OGM ne cessent de s’accumuler un peu partout dans monde.
Dans le film de Mme Robin, des fermiers étatsuniens racontent leurs douloureuses expériences avec Monsanto. En plus d'exiger des redevances pour des plants GM qu'ils n'ont pas plantés, Monsanto en exige aussi pour des plants GM qu'ils ont pourtant payés à Monsanto, factures à l'appui. Comment ça se peut? Monsanto les accuse d'avoir aussi semé des graines provenant de leur récolte transgénique précédente. Les fermiers finissent par payer ce que leur réclame cette multinationale mafieuse, parce qu'il est très exigeant et coûteux - voire impossible - de se défendre légalement contre elle.
L'ONF lance le documentaire de Mme Robin dans les cinémas du Québec le 23 mai 2008. En France, il a déjà été diffusé trois fois par ARTE.tv plutôt que dans des salles de cinéma, ce qui a permis de rejoindre un très large public. Là-bas, ce film a beaucoup de succès et continue d'alimenter le débat public sur la question des impacts inconnus des OGM sur la santé, du brevetage du vivant et de la privatisation de la biodiversité. Alors qu'en France, de plus en plus de député-es veulent une loi qui garantisse la liberté et le droit de produire et consommer sans OGM, ici, il n'y a même pas de débat public sur ces questions. La majorité des citoyen-nes ne savent pas que les OGM ont été acceptés par Santé Canada sans études scientifiques valides tandis qu'il ne se fait aucune étude pour savoir si les OGM ont des impacts sur notre santé. Si cela se savait, il n'y aurait pas grand monde pour être d'accord pour continuer d'être traité comme des cobayes au profit de Monsanto.
La démocratie de la Terre
Dans l'entrevue ci-dessous réalisée en mai 2006, Vandana Shiva parle des milliers de suicides de paysan-nes indiens qui ont cru les promesses de récoltes abondantes de Monsanto. Le résultat? De mauvaises récoltes, un endettement insoutenable et la perte de leurs terres. Elle conclut en disant que nous verrons bientôt se constituer un mouvement massif de paysan-nes pour défendre la démocratie de la Terre. Il s'agit ici de sauvegarder cinq libertés fondamentales : notre souveraineté sur les semences et nos droits à l'eau - que le Canada ne reconnaît pas - à l'alimentation, à la terre et aux forêts. La Terre appartient à tous les êtres vivants. La vie sur terre doit donc être façonnée par les populations plutôt que par les gouvernements et les multinationales. Elle rappelle aussi la lutte d'un groupe de femmes local qui est arrivé à faire fermer une usine de Coca-Cola qui s'appropriait et polluait leur eau. Cette lutte capitale est en train de se répandre dans toutes les régions de l'Inde.
D'autres documentaires à voir
• Les OGM pour les nul-les : un court-métrage de 6 minutes.
• Le piège de la culture d'OGM en Argentine : une enquête sur le désastre qu'a entraîné la culture du soja transgénique en Argentine, qui permet la culture des OGM depuis 1996.
• Brevet pour le porc : Monsanto tente aussi de s'approprier le code génétique des porcs; ensuite ce sera le tour de quel animal?
Pages reliées :
156 député-es fédéraux plient devant Monsanto, 08.05.2008
Déplorable bilan québécois sur les OGM, 25.04.2007






