par Béatrice Berland
Le 8 mars au Cameroun
Comme partout ailleurs, vous entendrez quelques mauvaises langues masculines dire que le 8 mars est le seul jour de l’année où les femmes ont le droit de sortir de leurs cuisines. Aussi, j’aimerais faire un rapide tour d’horizon de ce qui se fait lors des célébrations du 8 mars et vous présenter le travail d’une association de femmes camerounaises que j’ai eu l’occasion de rencontrer lors de mon dernier voyage sur le continent africain en janvier 2008.
La Journée internationale de la femme a été célébrée au Cameroun pour la première fois en 1984 par les féministes et, ensuite, en 1985, par le gouvernement. Fait causas se, l’histoire ne retient que la date de celui qui détient le pouvoir, c’est-à-dire l’État.
Le 8 mars, les femmes africaines, à l’instar de leurs semblables des autres continents, organisent de nombreuses manifestations sur des questions qui leur tiennent à coeur. La question du VIH-SIDA, des droits, du pouvoir, des petits projets financés par le micro-crédit ou encore la lutte contre l’excision et, plus généralement, les problèmes de santé sont souvent des thèmes retenus. En gros, les femmes africaines ne cherchent pas seulement à obtenir l’égalité des droits avec les hommes, mais bien davantage à gagner plus de droits et de pouvoir.
Ainsi, entre février et mars de chaque année, pendant plus d’un mois, les femmes tiennent des réunions préparatoires. Pendant toute une semaine, elles organisent des manifestations dans les départements (unités régionales administratives du Cameroun; équivalent aux provinces canadiennes). Ainsi on peut assister à une journée gastronomique, une soirée culturelle, un match de football (soccer), un défilé de mode, un atelier de réflexion sur le thème de la journée, un défilé, une soirée dansante, des causeries éducatives, des journées portes ouvertes.
J’ai profité de mon séjour au pays des crevettes pour rencontrer un groupe de femmes qui s’est regroupé autour d’une association : il s’agit de l’Association pour la Promotion de l’Autonomie et des Droits de la fille (APAD). Ses membres s’appellent Maïmouna, Aminatou, Aîssatou, Fanta. Elles sont analphabètes; elles ont connu des mariages précoces et forcés, des viols; elles sont des filles mères. Leur mot d’ordre est : "Pour une réelle égalité entre garçons et filles dans la lutte contre le VIH/SIDA, luttons contre les mariages précoces et forcés, le viol". Cette année, elles présentent une pièce de théâtre lors d’une soirée culturelle, dans laquelle elles dénoncent les mariages précoces et forcés. Vous pouvez lire la trame de cette pièce ci-dessous. Elles sont encadrées et suivies par l’Association de lutte contre la violence faite aux femmes.
Une pièce de théâtre à l’africaine
Les idées principales de la pièce de théâtre de l’Association pour la Promotion de l’Autonomie et des Droits de la fille sont :
Dénonciation du système
L’ami du père de la fille vient demander la main de la victime âgée de 12 ans. Son père accepte ce mariage sans consulter la mère de la fille. Cette dernière se trouve dans l’obligation d’abandonner ses études et d’aller en mariage pour l’honneur de la famille, la dignité du père, parce qu’elle ne doit pas faire un enfant hors mariage. Mais elle avait entendu parler du SIDA à l’école et du préservatif qui permet de se protéger contre cette maladie.
Le pouvoir dans les rapports du couple
Arrivée dans le village du mari, elle s’est mise à jouer avec les autres enfants pendant trois semaines. Elle croyait qu'elle était venue passer quelques jours chez l’ami de son père, qui avait déjà trois femmes à la maison. Un soir, ce dernier l’appelle dans sa chambre et la viole; elle crie, mais personne ne vient à son secours. Quelques mois après, elle tombe malade. Le bourreau la ramène chez ses parents croyant qu’elle est enceinte. Ces derniers se dirigent à l’hôpital avec elle. Après plusieurs examens, on se rend compte qu’elle a le VIRUS du SIDA et qu’elle était déjà malade. Elle meurt quelque temps après.
L'Association de lutte contre la violence faite aux femmes au Cameroun (ALVF)
Cette association a été créée en novembre 1991, à l’initiative de sept féministes camerounaises conscientes de la recrudescence des violences faites aux femmes dans leur environnement, de l’impunité des agresseurs, de la complicité de la société, de l’impuissance des victimes et de leur désespoir. L’ALVF est une association féministe non mixte, non partisane, à but non lucratif. Félicitations à ces pionnières africaines, féministes, lucides et courageuses.
Ses fondatrices
Mesdames Ndome Ekotto Charlotte (présidente), Memong Meno ép. Toko (vice-présidente), Endale Esther (trésorière), Dora Essaka Deido, Ngobo Ekotto ép. Ndoumbe, Sike Bile et feu Maria Mouen Kala Lobe.
Ses objectifs
• Combattre l’intériorisation des valeurs patriarcales qui perpétuent les violences faites aux femmes
• Promouvoir un statut social équitable
• Promouvoir des valeurs humaines positives qui prennent en compte la différence des deux sexes
• Participer à l’instauration d’une société non violente.
Sa politique
Mettre la femme au centre du questionnement.
Sa mission
Éliminer toutes les formes de violences dont les femmes et les filles sont victimes dans tous les espaces.
Sa philosophie
L’ALVF affirme que tout acte que nous posons dans notre vie, que ce soit en privé ou en public, est un acte politique. L’ALVF vise à promouvoir «l’autre parole, l’autre pouvoir» en vue d’une société harmonieuse.
Sa définition
Une association de lutte contre toutes les formes de violences sans exclusion de nature et de lieu : violences
(physiques, sexuelles, morales; privées, publiques) dont les femmes et les jeunes filles vivant au Cameroun font l’objet.
Un lobby pour l’égalité.
Un parti pris de femmes contre les violences faites aux femmes.
Une philosophie de vie.
Ses axes d’intervention
Axe Services :
Centre Vie de Femmes
Centre de Conseils et d’Écoute de Santé Reproductive des Adolescents et des Femmes (CESRAF)
Centre de documentation.
Axe Plaidoyer/Lobbying :
Centres d’intérêts : avortement, mariages précoces et forcés, excision.
Axe Partenariat :
Mobilisation d’autres partenaires.
Domaines d’intervention :
• Étude des mécanismes, des logiques qui sous tendent les violences faites aux femmes.
• Sensibilisation de l’opinion publique sur les problèmes de violence.
• Incitation à l’adoption de nouvelles lois et amélioration des lois existantes.
ALVF
B.P 2350
Yaoundé Immeuble
Pharmacie Elobi
Cameroun
alvf@camnet.cm
Problématiques soulevées lors de la Journée internationale de la femme sur le continent africain
Voici quelques autres exemples glanés dans la presse africaine pour l’année 2007 de ce qui se fait autour des journées du 8 mars à travers le continent africain.
À Addis-Abeba, en Éthiopie, quelque quatre cents réfugiés et écoliers ont visionné un documentaire intitulé «Larmes refoulées» mettant en lumière des femmes vivant avec le VIH. C’est une manière de sensibiliser les plus jeunes à l’importance d’une maladie qui toucherait plus de 2,2 millions de personnes dans le pays.
En Ouganda, les militantes ont attiré l’attention sur les complications liées à la grossesse qui tuent six mille femmes chaque année. La mortalité maternelle induirait des pertes annuelles de 35 millions de dollars. Près de 30% de ces décès concerneraient des adolescentes ayant cherché à se débarrasser d’un foetus résultant d’un viol ou d’un mariage forcé.
Les Ghanéennes ont battu le pavé à Accra pour exiger l’adoption par le législateur du cadre juridique condamnant les mauvais traitements infligés par leurs conjoints. «Qui a peur de la loi contre les violences conjugales?», pouvait-on lire sur les pancartes brandies par les manifestantes.
À Johannesburg, des appels ont été lancés pour soutenir les femmes victimes d’agressions sexuelles, un crime quotidien dans ce pays puisque plus de huit mille d’entre elles ont fréquenté les centres médicaux pour cette raison entre 2003 et 2007.
Le Centre mauritanien d’analyse politique (CMAP) et le secrétariat d’État à la Condition féminine ont présenté un ouvrage qui met en évidence les difficultés que rencontrent les femmes sur le marché de l’emploi en raison de leur marginalisation par les employeurs. Le document révèle également que le sort des femmes en milieu rural demeure difficile, ces dernières étant défavorisées en matière d’accès à l’école, aux services de santé et aux ressources productives (foncier, crédit et intrants agricoles).
En Namibie, Veronica de Klerk, directrice de Women Action for Development, a exhorté ses compatriotes à rompre le cou à l’idée reçue qui associe la femme à sa cuisine et leur a demandé de multiplier les innovations. Reprenant un postulat en vogue, le niveau de civilisation d’un pays est relatif au statut de la femme dans la société.
Arianne Navarre-Marie, la ministre mauricienne de la Femme, a appelé ses congénères à s’engager activement dans la politique pour atteindre une représentation de 30% à l’Assemblée nationale.
Femme politique de premier rang, l’Ivoirienne Henriette Diabaté, actuellement ministre de la Justice, a oeuvré avec d’autres associations féminines en faveur de la paix. «Le rôle de la femme n’est pas d’encourager la haine et la division, mais plutôt de prôner la cohésion», a-t-elle expliqué.
Le Times de Zambie loue le dynamisme de ses citoyennes et leur conseille de se lancer dans la transformation industrielle, notamment des produits agricoles.
Source : Jeune Afrique
Pour en savoir plus sur les Africaines : Retour du Burkina Faso!, L'R des centres de femmes, 2006






