par Manon Charette, travailleuse au CDFRDP
Nous avons baptisé nos cafés rencontres Les discussions de Simonne en l’honneur de Simonne Monet-Chartrand (Montréal 4 novembre 1919 - Richelieu 18 janvier l993). Militante, animatrice sociale et conférencière, cette femme d’action a prêté son concours à des mouvements d’action féministe, religieuse, éducative, sociale et nationaliste.
Ce début d’année 2008, le 9 janvier plus précisément, soulignait la naissance d’une autre Simone qui a marqué la vie des femmes et des hommes de son pays et du monde. Il s’agit de Simone de Beauvoir (Paris 9 janvier 1908 – Paris 14 avril 1986).
Le centenaire de Simone de Beauvoir (1:55 minute).
Je me souviens l’avoir lue, alors que j’étais dans la jeune vingtaine. «En cachette!» J’ai dévoré gloutonnement pour enfin relire et savourer certains de ses livres; j’y ai découvert un monde riche d’idées et d’expériences de vie inconnues et invitantes. En voici une liste non exhaustive : son autobiographie : Mémoires d’une jeune fille rangée (éd. 1958), La Force de l’âge (éd. 1960), La Force des choses (éd. 1963); un livre émouvant sur la mort de sa mère : Une mort très douce (éd. 1964); un autre sur sa bisexualité : L’Invitée (éd. 1943); enfin, Le Deuxième sexe (éd. 1949). Plus tard, j’ai été déçue en découvrant que mon idole était, à mon sens et à celui de plusieurs critiques littéraires, paradoxale lorsqu’elle décrivait son vécu et des faits qui venaient souvent contredire des pensées émises dans sa littérature : les deux tomes publiés des Lettres à Sartre (vol. 1, 1930-39, vol. 2 1940-63, éd. 1990).
Simone de Beauvoir parle de La Vieillesse (1970). (8:25 minutes).
Au tout début des années ’70, les Québécois, à peine sortis de la «période de la grande noirceur», vivaient une période de «révolution tranquille». Cependant, tout évoluait vite, très vite, trop vite pour certains citoyens. J’avais la pulsion de la jeunesse qui me motivait à me chercher, à me découvrir, à me réaliser; et, dans un autre sens, j’étais freinée par des valeurs familiales plutôt traditionnelles où l’inconnu faisait peur. Déchirée donc entre mon futur et leur passé, au présent j’ai choisi d’adopter une vie féministe en l’adaptant à ma réalité de Canadienne-française catholique de l’époque…
Simone de Beauvoir et son style de vie ainsi que les messages de son oeuvre épeuraient ou scandalisaient plusieurs membres de ma famille, de la société et du clergé. Elle avait osé, dès 1949, remettre en question les dogmes de la religion et le pouvoir de l’Église, le rôle de la femme et de la maternité, et plus… Elle prônait et pratiquait la liberté de choix et l’autonomie des femmes au sens large, l’instruction des jeunes filles. En accord avec l’avortement, elle exposait au grand jour une sexualité hors mariage, etc. Horreur et scandale!
J’affirme qu’une partie de l’oeuvre de Madame de Beauvoir à contribué à façonner la féministe que je suis depuis les années ’70. Je tiens cependant à préciser que, pour moi le féminisme se vit dans l’égalité et le respect des deux sexes. Enfin, bien que je ne sois pas en accord avec la totalité de ses idées, je considère Simone de Beauvoir comme un Grand Esprit du 20e siècle, une femme admirable qui a bousculé, choqué, fait réfléchir donc avancer la société, et des individus.
Je vous invite à lire ci-dessous une courte biographie et cette analyse littéraire, éloges et critiques sur l’oeuvre de Madame de Beauvoir. Voici aussi une bibliographie de son oeuvre et Simone de Beauvoir censurée, une entrevue avec elle qui a eu lieu en 1959, mais que Radio-Canada n'a diffusée que 50 ans plus tard. C'est dire combien Beauvoir a longtemps dérangé.
Biographie de Simone de Beauvoir (1908-1986)
Simone Lucie-Ernestine-Marie-Bertrand de Beauvoir, issue d'un milieu aisé (son père est avocat), est l'aînée d'une famille de deux enfants. Sa mère est une catholique dévote qui élève ses deux filles dans un cadre strict et traditionnel. À l'adolescence, Simone de Beauvoir devient athée et décide de consacrer sa vie aux études et à l'écriture.
Elle étudie la philosophie à la Sorbonne à Paris où elle rencontre Jean-Paul Sartre. Elle passe son agrégation en 1929, à l'âge de 21 ans, puis elle enseigne la philosophie à Marseille, Rouen et Paris jusqu'en 1943, année où son premier livre, L'invitée, est édité.
Ardente avocate de l'existentialisme incarné par son compagnon Jean-Paul Sartre, elle soulève des questionnements afin de trouver un sens à la vie. Paru en 1949, le célèbre Deuxième sexe, où s'exprime avec virulence et sur un ton nouveau le refus de l'infériorité "naturelle" de la femme, devient l'ouvrage de référence du mouvement féministe mondial.
À partir de 1980, après la mort de Sartre, sa santé physique et mentale se détériore. Elle meurt à l'âge de 78 ans et est enterrée dans la même tombe que Sartre.







