par Aneth Sin
Les compressions budgétaires ont toujours provoqué des réactions plus qu’exaspérantes dans tous les milieux. Quand l’économie va mal, il y a toujours un ou deux secteurs qui reçoivent un dur coup. À l’approche des dernières élections fédérales, ce sont les Arts qui ont été mis en péril et personne n’avait prévu un tel coup. Était-on préparé pour des coupures en culture? Aie! Ça a fait mal. J’ai vu bien des gens serrer les dents et les poings.
Les résultats sont ce qu’ils sont. Malgré l’exaspération des gens, les conservateurs ont remporté les élections. Ce sont ces mêmes gens qui ont choisi la culture en otage à défaut d’avoir assez de sous pour faire fonctionner le système économique du Canada. C’est à se demander comment la culture a pu échapper à la conscience de ces fonctionnaires et quelle importance on accorde aujourd’hui à ce secteur.
Il semble que depuis toujours, la culture est considérée comme un bijou de valeur; un précieux bijou de société que l’on se passe de génération en génération. La culture se veut le reflet identitaire d’un peuple et de son histoire. La lui enlever, c’est renier son identité.
L’annonce de la compression au niveau de la culture dès lors s’est avérée comme une baffe en pleine figure. Qui a eu le plus mal? Les artistes bien sûr! Et on les a bien vus; ils se sont défendus à coup de paroles et de gestes. On a même eu droit à une vidéo intitulée «La culture en péril», où on reconnaît entre autres Benoît Brière, Stéphane Rousseau et Michel Rivard (ce dernier interprétant un artiste incompris par un jury anglophone et à qui on refusera la subvention). Visionnée sur le site YouTube par des milliers d’internautes, Martin Lessard, analyste actuel des tendances de Web de Zéro seconde, décrit cette vidéo comme «le premier grand phénomène viral au Québec depuis les Têtes à claques». La vidéo aura été plutôt dénonciatrice de la situation vécue par ces artistes au Québec, dirait-on. Et qu’en est-il de la situation?
Qu’on se le dise une fois pour toutes, nos artistes ne vivent pas de leur salaire. Loin de mener une vie à la George Clooney ou Julia Roberts, les artistes au Québec doivent décrocher plusieurs petits contrats pour vivre à leur aise. Selon une enquête réalisée par l’Observatoire de la culture et des communications, le salaire moyen d’un professionnel de la culture, au Québec, serait de 29 755$, c'est-à-dire 35 000$ pour les hommes et 23 600$ pour les femmes. On peut dès lors constater qu’en moyenne, une artiste ne gagnerait, en salaire, que les deux tiers de ce que gagne son collègue masculin. Avec un tel écart, comment peut-on fermer les yeux sur la question de l’équité salariale?
La culture c’est comme un bijou de valeur, elle réveille en nous nos sens et notre esprit, notre créativité et la conscience de ce qui est beau …. Et du coup, elle nous rappelle l’être que nous sommes, aussi précieux soit-il, du moins…que serions-nous sans cet être?
Une rémunération égale pour un travail de valeur égale! Parlons-nous de la même égalité? Il semble que la loi adoptée par le gouvernement fédéral il y a 30 ans, cette loi qui rendait illégale la discrimination à l’endroit des femmes en milieu de travail, ne serait qu’un mythe. Et il apparaît aujourd’hui que l’écart de salaire entre les femmes et les hommes oeuvrant dans le secteur de la culture est de plus en plus considérable. On a qu’à voir la situation chez nos comédiennes québécoises.
Une étude menée par le comité des femmes de l’Union Des Artistes a révélé qu’en 2008, au théâtre, les femmes sont encore moins bien payées et ont moins de rôles que leurs confrères. Présente lors de la rencontre annuelle des artistes de l’UDA, Guylaine Tremblay a livré un témoignage plus qu’éloquent. Dénonçant l’injustice que vivent les femmes artistes, Guylaine, qui s’illustre autant sur les planches qu'à l'écran, a déclaré qu'à ses débuts, on avait essayé de lui offrir, lors d'une production télé, un cachet largement inférieur à celui de ses confrères masculins. «J'étais furieuse et tellement insultée. Ils avaient la même expérience que moi. J'ai finalement réussi à obtenir le même salaire. Je suis restée méfiante et j'ai compris qu'il fallait s'imposer», a-t-elle affirmé. Cette comédienne de talent que l’on voit, entre autres, dans Annie et ses hommes, a dû se battre fort pour se faire une place dans le métier et parler à voix haute de cette injustice, mais combien d’autres en sont victimes?
Toujours au cours de la réunion annuelle orchestrée par le comité des femmes de l’UDA, Nathalie Gascon, actrice et membre du comité, a déploré la situation des femmes artistes et a rappelé le rôle de l’UDA dans le travail de sensibilisation auprès des intervenants du milieu. Quant aux salaires qui diffèrent d'une artiste à l'autre, elle souhaite que les femmes artistes qui négocient de gros cachets partagent l'information au lieu de garder le silence. Même si certaines femmes ont fait des pas en avant, la bataille est loin d’être terminée. Et qu’on vienne ensuite nous répéter ce slogan : À travail égal, salaire égal! De l’équité salariale me dîtes-vous?… mais de quelle équité?
HÉ, les femmes!... À quand le clip dénonciateur de cette injustice sur Youtube?







