Le 9 mai, la Fédération des femmes du Québec (FFQ) prenait position contre l’interdiction du port des signes religieux au sein de la fonction publique* et des services publics québécois. Ceci a soulevé un tollé de protestations! Voici des extraits de points de vue différents sur ce sujet sensible. Et vous, qu’en pensez-vous?
*La fonction publique désigne un ensemble de personnes travaillant, sous certaines juridictions ou dans un cadre intergouvernemental, au sein des administrations publiques. Une personne travaillant dans la fonction publique est appelée fonctionnaire. Source : Wikipédia.
Le PQ et l’ADQ demandent à la ministre St-Pierre de se positionner
Le 13 mai, lors de la période des questions à l’Assemblée nationale, les partis d’opposition ont questionné Christine St-Pierre, ministre de la Condition féminine, sur la décision de la Fédération des femmes du Québec à propos du port du voile. C’est que la FFQ a soutenu lors de la dernière fin de semaine que, même si elle s’oppose à l’obligation pour certaines femmes de porter des signes religieux, elle est contre le fait d’interdire le port de ces signes au sein de la fonction et des services publics québécois. Le Conseil du statut de la femme est pourtant contre tout signe religieux ostentatoire visible au travail depuis 2007. Or, la question a soulevé maints débats depuis le début de la semaine et a rebondi à l’Assemblée nationale. La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a notamment demandé à la ministre si elle est en accord avec la déclaration de la FFQ ou avec la position du Conseil du statut de la femme. L’Action démocratique du Québec lui a aussi demandé de se positionner. La ministre St-Pierre a alors répondu que la question est beaucoup plus large et que l’égalité des sexes est une valeur fondamentale et non négociable au Québec. Elle n’a cependant pas précisé sa position. Notons que Québec solidaire s’est dit en accord avec la FFQ.
Source : RDI
La FFQ a raison
Elle véhicule bien mal son message, mais la FFQ n’articule que le gros bon sens lorsqu’elle affirme qu’il ne faut pas interdire le port des signes religieux dans les services publics québécois. Notre tolérance actuelle a bien meilleur goût que la dramatisation.
Encore le hidjab? Le voile n’était-il pas tiré, justement, sur cette sempiternelle question de l’affichage des signes religieux dans la fonction publique? Depuis l’épilogue Bouchard-Taylor, un calme plus qu’apparent régnait dans la sphère publique, jusqu’à ce que la FFQ achève sa réflexion. Il lui en a fallu du temps pour conclure! C’est que la question divisait les troupes. La preuve? Il y a un an et demi à peine, dans une controverse similaire, le Conseil du statut de la femme a suggéré exactement le contraire, proposant qu’on empêche les agents de l’État d’arborer au travail des signes religieux ostentatoires. Pour le Conseil, pas question que le droit à l’égalité entre les hommes et les femmes s’efface devant la liberté de religion.
La FFQ s’appuie sur un argument de taille, qu’on aurait tort de dénigrer : celui de l’intégration sur le marché du travail. Il n’émeut plus personne, on dirait, alors qu’il a pourtant fait les beaux jours de la commission Bouchard-Taylor. Les femmes immigrantes présentent un taux de chômage trois fois supérieur à l’ensemble des Québécoises, voilà la réalité! Un fond d’islamophobie envenime la situation pour les musulmanes, encore davantage pour celles qui portent le foulard. Un interdit officiel contribuerait à les exclure davantage, les confinant au ghetto.
Pour certains, cette logique a une odeur d’asservissement au dogme religieux, si longtemps combattu. Pour d’autres, elle reflète la mollesse des groupes féministes. La FFQ ne défend en réalité que les musulmanes qui portent le voile. Ces femmes comptent pour 1% de la population, dont le cinquième seraient voilées. Là-dessus, combien sont embauchées par l’État? Force est d’admettre qu’on souffle une tempête inutile pour un groupuscule qui est déjà tout à fait en droit de porter le hidjab au boulot, sans que cela ait apparemment causé d’embrouilles.
C’est un peu comme si la FFQ n’avait pas le droit d’avancer sur ce délicat terrain. Sa sortie publique de la fin de semaine était pourtant composée de deux actes, dont l’un a été entièrement gommé par l’autre. La tolérance aux signes religieux dans la fonction publique a choqué. Mais cette ouverture était précédée d’un refus sans appel de l’obligation imposée aux femmes de porter des signes religieux. Apparemment, on a oublié cette partie du discours. La Fédération, il faut le dire, ne gagnerait pas tous les prix de communication.
À côté de son message équivoque, quelle voix percutante que celle de Djemila Benhabib! La Québécoise d’origine algérienne, auteure de «Ma vie à contre-Coran», a sitôt accusé la FFQ de «trahir le combat des femmes». Sa dénonciation est chargée d’une émotion légitime : elle a vécu la montée de l’islamisme en Algérie, et s’inquiète de sentir une fièvre intégriste et le prosélytisme de certains groupes musulmans ici-bas. Dans la zone civile, il faut s’inquiéter de toute montée intégriste, et être aux aguets. Savoir aussi que le voile est bel et bien — ici et ailleurs — associé à un symbole de soumission, qu’il faut vigoureusement dénoncer. Comprendre du même souffle qu’il ne suffit pas d’abolir tout bonnement le symbole pour effacer le message qu’il véhicule. L’égalité des femmes passe aussi par leur intégration à la société, quelles qu’elles soient.
Source : Marie-Andrée Chouinard, Le Devoir
Le message de Djemila Benhabib
Le 17 mars, une Québécoise d’origine algérienne, Djemila Benhabib, publiait un livre sur la Commission Bouchard-Taylor et les accommodements réclamés notamment par des islamistes. Ma vie à contre-coran «dévoile au grand jour, selon l’éditeur, les stratégies des islamistes au travers de témoignages solidement documentés.»
Le 7 mars, Laura-Julie Perreault présentait une entrevue qu’elle a réalisée avec Djemila Benhabib. «Charles Taylor et Gérard Bouchard n’ont rien compris au Québec d’aujourd’hui. Ils ont convoqué les gens pour les écouter, mais leurs conclusions n’en ont pas tenu compte; ils avaient tout décidé d’avance», dit Djemila Benhabib. L’auteure de Ma vie à contre-coran, qui a été journaliste en Algérie, est maintenant fonctionnaire fédérale en Outaouais. Elle «raconte son enfance à Oran, en Algérie, la montée de l’islamisme à laquelle elle a assisté, les assassinats et les massacres qui ont suivi, ainsi que son exil, pour échapper aux islamistes qui lui pourrissaient la vie.» «Parallèlement au récit de son enfance sur les bancs d’écoles d’une Algérie où certains professeurs l’obligeaient à réciter le Coran, elle décrit son malaise depuis son arrivée au Québec face aux demandes formulées par des groupes musulmans, demandes qu’elle qualifie d’islamistes et de prosélytistes.»
Source : Micheline Carrier, Sisyphe
Mon opinion toute personnelle sur le port du voile?
Toujours me remettre en question. M’informer. Analyser. Réfléchir. Ressentir. M’interdire toute rigidité. Nuancer. Laisser la liberté de choix. Ma vérité n’est pas LA Vérité. Respecter autrui. Me faire respecter dans mes valeurs intrinsèques.
J’ai cohabité durant trois ans avec une Marocaine de Casablanca, jeune étudiante à l’UQAM. Elle était croyante et pratiquante de la religion de Mahomet. Elle ne portait pas le voile. L’une de ses amies, oui. «Si tu avais vu Manon, la qualité, la texture et les couleurs de son voile! Il se mariait tellement bien à son «pull» et à ses yeux! Amal agence toujours son hidjab à sa toilette, elle est tellement belle et élégante.» Tel était le discours de ma jeune co-loc. Elle m’affirmait que pour elle et son amie, le hidjab n’avait rien à voir avec l’obligation de le porter. Il n’était imposé ni par la religion ni par le mari récemment épousé. Pour ces deux jeunes musulmanes, il était un accessoire synonyme de coquetterie et d’élégance. Tout comme leurs sous-vêtements fins et colorés, achetés dans une boutique spécialisée, choisis pour s’harmoniser avec leurs vêtements élégants…
Manon Charette, intervenante sociale
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